Publié le 2 octobre 2026
PLFSS 2027 : au-dessus de 1 260 € par mois, votre pension pourrait progresser moins vite que l'inflation
Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026, maintient l'indexation sur l'inflation pour les retraités dont le total des pensions (base et complémentaire) est inférieur à 1 260 € par mois. Au-delà, le Gouvernement pourrait fixer par décret un taux de revalorisation inférieur à l'inflation, éventuellement modulé entre deux seuils de 1 260 € et 2 000 €, sans qu'aucune pension ne baisse. L'économie attendue est de 4,1 milliards d'euros en 2027.
La règle actuelle : une indexation automatique sur les prix
L'article L161-25 du Code de la sécurité sociale fixe le principe : chaque année, les pensions de base sont revalorisées d'un coefficient égal à l'évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation hors tabac, calculée sur les douze derniers indices mensuels publiés par l'INSEE l'avant-dernier mois précédant la revalorisation. Si ce coefficient est inférieur à 1, il est porté à 1 : la règle protège contre une baisse nominale, jamais contre un décrochage par rapport aux prix décidé par le législateur.
Cette mécanique a produit une hausse de 0,9 % au 1er janvier 2026, après le retrait par l'Assemblée nationale du gel prévu dans le projet initial pour 2026. Pour 2027, le Gouvernement retient une prévision d'inflation hors tabac de 2,1 % en moyenne sur 2026, puis 1,7 % en 2027. Le PLFSS 2027 propose de déroger à l'article L161-25 pour une partie des retraités.
Ce que prévoit le PLFSS 2027 : deux catégories de retraités
Le dossier de presse du budget 2027 décrit un dispositif en trois points :
- Pensions totales inférieures à 1 260 € par mois : indexation intégrale. Les pensions de vieillesse sont revalorisées au niveau de l'inflation au 1er janvier 2027, les pensions d'invalidité au 1er avril 2027, aux dates habituelles. Le seuil de 1 260 € correspond au niveau de pension garanti pour une carrière complète.
- Pensions totales supérieures à 1 260 € : taux fixé par décret. Le Gouvernement pourra retenir, par voie réglementaire, un taux inférieur ou égal à l'inflation, avec un coefficient qui reste supérieur à 1. Le montant nominal de la pension ne diminue pas.
- Une modulation possible entre 1 260 € et 2 000 €. Le texte ouvre la possibilité d'une revalorisation plus progressive en mobilisant deux seuils, 1 260 € et 2 000 €. Les taux applicables à chaque tranche ne sont pas encore connus : ils relèveront du décret.
L'économie attendue s'élève à 4,1 Md€ en 2027, dont 3,0 Md€ pour les régimes obligatoires de base de la sécurité sociale et 1,1 Md€ pour le budget de l'État (pensions des fonctionnaires), nets de l'effet sur le rendement de la CSG et de la Casa. À titre de comparaison, la revalorisation des pensions représente un coût net de l'ordre de 6,2 Md€ pour les administrations publiques.
Attention : le seuil s'apprécie sur le montant total des pensions, base et complémentaire, et non sur la seule pension de base. Un retraité du privé percevant 950 € de pension de base Cnav et 450 € de complémentaire Agirc-Arrco totalise 1 400 € par mois : il relève de la seconde catégorie, alors que sa pension de base seule est inférieure au seuil. Les modalités de consolidation entre régimes, notamment pour les polypensionnés, restent à préciser par les textes d'application.
Pourquoi le Gouvernement cible l'indexation
Sans mesure nouvelle, les dépenses de pensions des régimes de base et complémentaires augmenteraient de près de 14 Md€ en 2027, pour un peu plus de la moitié sous l'effet de la revalorisation et pour le reste sous l'effet du vieillissement. Elles atteindraient 436 Md€, soit 14 % du PIB et 24 % de l'ensemble des dépenses publiques. Le déficit de la branche vieillesse, de 7,1 Md€ en 2025, passerait à 8,0 Md€ en 2026 puis 13,9 Md€ en 2030. Le rapport entre cotisants et retraités, de 1,8 aujourd'hui, descendrait à 1,6 en 2040 et 1,3 en 2070.
Le dossier s'appuie sur l'avis 2026 du comité de suivi des retraites, qui recommande d'agir prioritairement sur l'indexation, et sur le précédent de l'Agirc-Arrco : l'accord du 5 octobre 2023 a fixé une sous-indexation par défaut de 0,4 point par rapport à l'inflation hors tabac pour 2024, 2025 et 2026, et les pensions complémentaires n'ont pas été revalorisées en 2025. La revalorisation de la complémentaire reste décidée par les partenaires sociaux qui pilotent le régime, et non par le PLFSS.
Ce que ça change concrètement pour vous
Le premier réflexe consiste à additionner toutes vos pensions mensuelles brutes, base et complémentaires, tous régimes confondus. En dessous de 1 260 €, rien ne change par rapport à la règle actuelle. Au-dessus, l'écart dépend du taux que fixera le décret. Ordre de grandeur, à titre d'illustration : sur une pension totale de 2 000 €, chaque point de revalorisation en moins représente 20 € par mois, soit 240 € par an, et cet écart se reporte sur toutes les revalorisations ultérieures puisqu'elles s'appliquent à une base plus basse.
Base, complémentaire, réversion : savez-vous de quel côté du seuil vous êtes ?
Le montant total retenu agrège des pensions versées par plusieurs caisses, rarement réunies sur un même document.
Faire le point sur ma pensionL'effet de seuil autour de 1 260 €
Un taux unique appliqué à l'ensemble de la pension, dès le premier euro au-dessus du seuil, produit mécaniquement un croisement des montants. Illustration avec une hypothèse d'inflation de 2,1 % et un taux réduit hypothétique de 1 % au-dessus du seuil :
- Pension totale de 1 255 € : revalorisation intégrale de 2,1 %, soit 1 281,36 € par mois après revalorisation.
- Pension totale de 1 265 € : revalorisation de 1 %, soit 1 277,65 € par mois. Ce retraité, qui percevait 10 € de plus, perçoit désormais 3,71 € de moins.
Le dossier de presse ne précise pas si un mécanisme de lissage est prévu à la frontière du seuil. Le recours à deux seuils (1 260 € et 2 000 €) permettrait d'atténuer ce croisement en graduant le taux, mais la répartition exacte n'est pas fixée. Ce point fera partie des modalités à suivre lors de l'examen parlementaire et dans le décret.
Les autres mesures du PLFSS 2027 qui concernent les retraités
Deux autres dispositions accompagnent la sous-indexation. Le plafond de l'abattement fiscal de 10 % sur les pensions serait ramené à 3 000 € par foyer, contre 4 439 € sur les revenus de 2025 (le fonctionnement actuel est détaillé dans notre article sur l'abattement de 10 % sur les pensions). La majoration de 10 % pour trois enfants et plus serait remplacée par un montant forfaitaire identique pour les femmes et les hommes, pour les pensions liquidées à compter du 1er juillet 2027 uniquement, sans effet sur les pensions déjà liquidées.
Calendrier : un texte encore modifiable
Le projet a été présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026 et entre dans la phase d'examen parlementaire. Le Gouvernement le présente comme un budget « réversible » : les dispositions peuvent être amendées pendant les débats, et les taux d'indexation retenus au-dessus de 1 260 € pourraient être révisés par simple décret après les élections de 2027. Tant que la loi n'est pas promulguée et le décret publié, la règle de l'article L161-25 reste celle en vigueur.
Questions fréquentes
Quelles pensions seront revalorisées au niveau de l'inflation en 2027 ?
Selon le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 présenté le 1er octobre 2026, les assurés dont le montant total de pensions, base et complémentaire, est inférieur à 1 260 € par mois conservent une revalorisation au niveau de l'inflation, au 1er janvier 2027 pour les pensions de vieillesse et au 1er avril 2027 pour les pensions d'invalidité.
Ma pension peut-elle baisser avec le PLFSS 2027 ?
Non. Pour les pensions totales supérieures à 1 260 € par mois, le texte permet au Gouvernement de fixer par décret un taux de revalorisation inférieur ou égal à l'inflation, mais le coefficient appliqué reste supérieur ou égal à 1. Le montant versé ne diminue pas : il progresse moins vite que les prix.
Le seuil de 1 260 € s'apprécie-t-il sur la seule pension de base ?
Non. Le dossier de presse du budget 2027 vise le montant total des pensions, base et complémentaire. Un retraité percevant 950 € de pension de base et 450 € de complémentaire, soit 1 400 € au total, se situe au-dessus du seuil.
La mesure est-elle définitive ?
Non. Il s'agit d'un projet de loi soumis au Parlement, qui peut le modifier. Le Gouvernement indique en outre que les taux retenus au-dessus de 1 260 € pourront être révisés par simple décret après les élections de 2027.
Sources officielles
- Dossier de presse du budget 2027 (PLF et PLFSS), Direction de la Sécurité sociale (1er octobre 2026)
- PLFSS pour 2027, securite-sociale.fr
- Article L161-25 du Code de la sécurité sociale, Légifrance
- Pensions de retraite de base : quelle revalorisation au 1er janvier 2026 ?, Service-Public.fr
Cet article a une visée informative et ne remplace pas une analyse personnalisée de votre situation. Les mesures décrites figurent dans un projet de loi et peuvent être modifiées au cours de son examen.
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