Publié le 4 novembre 2026
Cumul emploi-retraite 2027 : déclaration et réduction fixées par décret
Deux décrets du 2 novembre 2026, publiés au Journal officiel du 3 novembre, fixent les modalités pratiques du nouveau cumul emploi-retraite applicable aux pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027. Le seuil de 7 000 € s'apprécie par année civile, la réduction de pension est retenue sur 12 mois sans dépasser le tiers de la pension mensuelle, et toute reprise d'activité doit être déclarée à la CNAV dans le mois, sous peine de suspension de la pension.
Deux décrets d'application de l'article 102 de la LFSS 2026
L'article 102 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 a posé le principe du nouveau cumul emploi-retraite, fondé sur l'âge et non plus sur le taux plein (voir notre article sur les trois tranches d'âge du cumul à partir de 2027). Il manquait les textes d'application. Ils sont parus au Journal officiel du 3 novembre 2026 :
- Le décret n° 2026-1017 fixe le montant du seuil, les revenus retenus, le mode de calcul et de prélèvement de la réduction, ainsi que les obligations de déclaration.
- Le décret n° 2026-1016 dresse la liste des activités qui échappent à la condition de cessation d'activité ou dont les revenus sont exclus du calcul de la réduction.
Les deux textes harmonisent les règles entre le régime général, les régimes agricoles, les professions libérales, les avocats, la fonction publique et les régimes spéciaux (SNCF, RATP, industries électriques et gazières, Banque de France, notamment). Ils s'appliquent aux assurés dont la première pension de base prend effet à compter du 1er janvier 2027. Les pensions liquidées avant cette date restent régies par les règles antérieures.
Le seuil de 7 000 € : une appréciation par année civile
Pour l'assuré qui a atteint l'âge légal sans avoir 67 ans, le cumul est libre tant que ses revenus d'activité et de remplacement ne dépassent pas un seuil annuel. Le décret le fixe à 7 000 € pour 2027, avec une revalorisation chaque 1er janvier selon la même évolution que le plafond de la Sécurité sociale. Au-delà, la pension est réduite de 50 % du dépassement, conformément à la loi.
Les revenus retenus sont définis par statut :
- Salariés : les rémunérations soumises à la CSG sur les revenus d'activité, donc un montant brut.
- Travailleurs indépendants : l'assiette sociale des cotisations ; pour les micro-entrepreneurs, le chiffre d'affaires ou les recettes déclarés, et non le bénéfice.
- Exploitants agricoles : les revenus professionnels retenus par le Code rural pour le calcul des cotisations.
- Revenus de remplacement : ils entrent dans le calcul, y compris les indemnités journalières de maladie.
Seuls les revenus perçus à partir du premier jour du mois suivant la date d'effet de la pension sont pris en compte. Les revenus perçus après le mois du 67e anniversaire ne comptent plus pour le seuil, puisque le cumul redevient alors intégral.
Attention : pour un micro-entrepreneur, le seuil de 7 000 € se compare au chiffre d'affaires. Une activité de conseil facturée 12 000 € dans l'année dépasse le seuil de 5 000 €, quelles que soient les charges réellement supportées, soit une réduction de pension de 2 500 €.
Comment la réduction est calculée et retenue
La CNAV devient l'interlocuteur unique pour tous les régimes concernés : elle détecte la reprise d'activité, calcule la réduction, la répartit entre les régimes et leur transmet les montants. Deux exceptions : le service des retraites de l'État conserve ce rôle pour les pensions de fonctionnaires de l'État, et l'Établissement national des invalides de la marine (ENIM) pour celles des marins.
Le calcul suit cinq règles :
- Base annuelle. La réduction est calculée sur le total des revenus d'activité et de remplacement de l'année civile, pour les périodes durant lesquelles une pension personnelle a été versée. Elle ne peut pas excéder le total des pensions de cette période.
- Étalement sur 12 mois. Elle est retenue par fractions égales, mensuelles ou trimestrielles, sur les 12 mois civils qui suivent le mois du calcul.
- Plafond d'un tiers. Chaque retenue ne peut pas réduire les arrérages mensuels de plus d'un tiers. Le reliquat est reporté sur les échéances suivantes, sous le même plafond.
- Ordre d'imputation. La retenue porte d'abord sur les pensions de base, de la plus élevée à la plus faible en montant brut mensuel, puis, s'il reste un solde, sur les pensions complémentaires dans le même ordre.
- Application anticipée. Pour un salarié ou un micro-entrepreneur, si les revenus d'un mois (ou d'un trimestre) dépassent la pension de la même période, la réduction peut être appliquée immédiatement et en totalité, sauf contestation de l'assuré dans le mois suivant la notification.
Exemple arithmétique : un retraité âgé de 64 ans, pension totale de 1 800 € bruts par mois, perçoit 19 000 € de salaire brut en 2027. Le dépassement est de 12 000 €, la réduction de 6 000 €. Étalée sur 12 mois, elle représente 500 € par mois, sous le plafond du tiers (600 €). Avec une pension de 1 200 € par mois, la retenue serait limitée à 400 € par mois et le solde de 1 200 € reporté au-delà des 12 mois.
Liquider en 2026 ou en 2027 : la date change les règles du cumul
Une pension prenant effet au 1er décembre 2026 reste soumise à l'ancien cumul ; la même pension au 1er janvier 2027 relève du seuil de 7 000 €. Nous vérifions votre date de départ possible et les règles qui s'appliqueront à votre activité.
Vérifier ma situationDéclarer dans le mois, sous peine de suspension
Le décret n° 2026-1017 impose à l'assuré de déclarer à la CNAV toute reprise ou poursuite d'activité dans un délai d'un mois, en précisant la nature de l'activité, sa date de début et, le cas échéant, son appartenance à une catégorie exclue du calcul. La fin de l'activité se déclare dans le même délai d'un mois. Les régimes contrôlent les déclarations chaque année et doivent rappeler ces obligations au moment de la liquidation, puis annuellement.
En l'absence de déclaration, la pension est suspendue à titre provisoire, à compter du premier jour du mois suivant le contrôle. Le versement reprend le premier jour du mois suivant la réception de la déclaration par la CNAV, avec rappel des sommes suspendues, diminuées de la réduction éventuellement due.
La demande de retraite elle-même est unifiée : un formulaire commun, déposé auprès d'un régime, est transmis par celui-ci aux autres régimes concernés. Pour les anciens travailleurs non salariés, la cessation définitive de l'activité doit être justifiée, notamment par une attestation sur l'honneur précisant la date de cessation.
Attention : une disposition s'applique dès le 4 novembre 2026, lendemain de la publication, sans attendre 2027. Les caisses peuvent désormais récupérer directement un trop-perçu sur les arrérages de pension, sans formalité, dans la limite de la fraction saisissable de la pension.
Les activités qui échappent au seuil
Le décret n° 2026-1016 réécrit les articles R. 161-18 et R. 161-19 du Code de la sécurité sociale. Les revenus des activités suivantes ne sont pas comptés pour la réduction :
- Activités civiques et ponctuelles : participation à un jury d'assises, à des instances consultatives ou délibératives instituées par un texte, activités juridictionnelles, consultations données occasionnellement.
- Accueil et aide à la personne : assistants maternels et familiaux, garde d'enfants à domicile, aide à domicile des personnes âgées ou handicapées.
- Réserves : réserve opérationnelle militaire, de la police nationale, des douanes, réserve civile pénitentiaire et réserve sanitaire.
- Santé : exercice d'une profession de santé dans une zone sous-dotée, permanence des soins en exercice libéral, et remplacements de médecins ou d'infirmiers retraités en établissement sanitaire, social ou médico-social. Pour ces remplacements, l'exclusion vaut dans la limite de 910 heures ou 260 demi-journées par an, et de revenus annuels égaux au plafond de la Sécurité sociale ; au-delà, la pension est réduite de la moitié du dépassement.
- Autres cas : activités artistiques, littéraires ou scientifiques accessoires, transport scolaire, transport spécialisé de personnes à mobilité réduite, travail en ESAT, revenus tirés de la transmission d'une entreprise, droits d'auteur sur des œuvres créées avant la retraite.
Pour le monde agricole, le décret n° 2026-1017 ajoute une mesure temporaire : les travaux d'arrachage définitif de vignes financés sur fonds publics n'empêchent pas le versement de la pension MSA entre le 1er janvier 2026 et le 31 décembre 2027.
Ce que ça change concrètement pour vous
Si votre pension prend effet à partir du 1er janvier 2027 et que vous continuez à travailler entre l'âge légal et 67 ans, trois points sont désormais fixés. Le seuil de 7 000 € se calcule sur l'année civile, en brut pour un salarié et en chiffre d'affaires pour un micro-entrepreneur. La réduction (50 % du dépassement) est retenue l'année suivante sur 12 mois, sans dépasser le tiers de votre pension mensuelle, d'abord sur la retraite de base puis sur la complémentaire. Enfin, une reprise d'activité non déclarée dans le mois expose à une suspension de la pension.
Questions fréquentes
Le seuil de 7 000 € du cumul emploi-retraite est-il mensuel ou annuel ?
Annuel. Le décret n° 2026-1017 du 2 novembre 2026 apprécie le seuil par année civile. Il est fixé à 7 000 € pour 2027 et revalorisé chaque 1er janvier comme le plafond de la Sécurité sociale.
Comment la réduction de pension est-elle prélevée ?
La réduction annuelle est retenue par fractions égales sur les 12 mois suivant son calcul. Chaque retenue ne peut pas dépasser le tiers des arrérages mensuels de pension ; le reliquat est reporté sur les échéances suivantes. Elle s'impute d'abord sur les pensions de base, puis, s'il reste un solde, sur les pensions complémentaires.
Faut-il déclarer la reprise d'une activité après la retraite ?
Oui. La reprise ou la poursuite d'activité doit être déclarée à la CNAV dans le mois qui suit, avec la nature de l'activité et sa date de début. La fin d'activité se déclare aussi dans le mois. À défaut de déclaration, la pension est suspendue à titre provisoire.
Quelles activités ne comptent pas dans le seuil de 7 000 € ?
Le décret n° 2026-1016 exclut notamment les participations à un jury ou à des instances consultatives, les consultations ponctuelles, l'activité d'assistant maternel ou familial, l'aide à domicile, les réserves opérationnelles (armée, police, douanes, pénitentiaire), le transport scolaire et, sous conditions, les remplacements effectués par des médecins et infirmiers retraités.
Sources officielles
- Décret n° 2026-1017 du 2 novembre 2026 relatif au cumul emploi retraite, Légifrance
- Décret n° 2026-1016 du 2 novembre 2026 relatif au cumul emploi retraite, Légifrance
- De nouvelles règles pour le cumul emploi-retraite à partir de 2027, Service-Public.fr
Les exemples chiffrés résultent d'un calcul arithmétique à partir du seuil de 7 000 €, du taux de réduction de 50 % et du plafond de retenue d'un tiers prévus par les textes. Cet article a une visée informative et ne remplace pas une analyse personnalisée de votre situation.
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