Publié le 19 octobre 2026

Indemnités de rupture : l'exonération plafonnée à 48 060 € pour les départs à partir de 2027

L'article 6 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 remplace les plafonds actuels par un plafond unique : l'indemnité de licenciement, de rupture conventionnelle ou de mise à la retraite serait exonérée de cotisations et de CSG dans la limite d'un plafond annuel de la sécurité sociale, soit 48 060 € en 2026. La mesure viserait les ruptures prenant effet à compter du 1er janvier 2027. Les salariés en fin de carrière, dont l'ancienneté gonfle l'indemnité légale, sont les premiers exposés.

Salarié en gilet et cravate portant un carton contenant une plante et des dossiers

Le régime actuel : trois plafonds superposés

Le régime social des indemnités de rupture date de 1999. L'exposé des motifs du PLFSS 2027 recense huit types d'indemnités relevant de trois régimes socio-fiscaux différents. Pour un licenciement ou une rupture conventionnelle, la mécanique repose aujourd'hui sur trois étages :

  1. Cotisations sociales : la fraction exonérée d'impôt est exclue de l'assiette des cotisations dans la limite de 2 plafonds annuels de la sécurité sociale (PASS), soit 96 120 € en 2026.
  2. CSG et CRDS : l'exonération est limitée au montant de l'indemnité légale ou conventionnelle. La part supra-légale négociée y est soumise.
  3. Assujettissement intégral : au-delà de 10 PASS (5 PASS pour les mandataires sociaux), l'indemnité est soumise aux cotisations et contributions dès le premier euro.

S'y ajoute, pour la rupture conventionnelle et la mise à la retraite, une contribution patronale de 40 % sur la part exonérée de cotisations (article L137-12 du Code de la sécurité sociale, taux porté à 40 % par la loi du 30 décembre 2025).

Ce que prévoit l'article 6 du PLFSS 2027

Le projet de loi n° 3211, déposé à l'Assemblée nationale le 1er octobre 2026, réécrit le 5° du III de l'article L136-1-1 du Code de la sécurité sociale. Les indemnités de rupture seraient exonérées « dans la limite de la valeur annuelle du plafond » de la sécurité sociale, soit 1 PASS. Ce plafond unique vaudrait à la fois pour les cotisations et pour la CSG-CRDS, sans référence au régime fiscal de l'indemnité.

Trois points précisent le périmètre :

  1. Sommes versées en réparation d'un préjudice. Le plafond inclurait les indemnités ordonnées par le juge ou prévues par une transaction « en réparation d'un préjudice distinct ou non de la perte de rémunération ».
  2. Seuils de 5 et 10 PASS maintenus. Ils restent appréciés sur le cumul des indemnités perçues.
  3. Contribution patronale de 40 % conservée. Son assiette serait désormais définie par renvoi à l'article L136-1-1, c'est-à-dire la part exonérée de CSG.

Selon l'exposé des motifs, les plafonds actuels ne concernent en pratique que 2 % des salariés, principalement des cadres, et 10 % des salariés concernés perçoivent près de 80 % des montants versés. Avec un plafond à 1 PASS, 95 % des bénéficiaires d'une indemnité resteraient intégralement exonérés. Le volet fiscal est traité en parallèle par l'article 2 du projet de loi de finances pour 2027, qui retient le même seuil d'un PASS pour l'impôt sur le revenu.

Pourquoi les fins de carrière sont les plus exposées

L'indemnité légale de licenciement, qui sert aussi de plancher à l'indemnité de rupture conventionnelle, est égale à 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois par année au-delà. L'ancienneté pèse donc plus que le salaire. Deux cas, calculés sur le salaire de référence brut :

  1. Salarié à 3 500 € bruts par mois, 32 ans d'ancienneté. Indemnité légale : 10 × 875 € + 22 × 1 166,67 €, soit 34 416,67 €. Sous le plafond d'un PASS, elle reste exonérée. En revanche, si une indemnité de 60 000 € est négociée, 11 940 € entreraient dans l'assiette des cotisations, alors qu'ils en sont exclus aujourd'hui. L'assiette de CSG, à l'inverse, passerait de 25 583,33 € (part supra-légale) à 11 940 €.
  2. Cadre à 6 000 € bruts par mois, 35 ans d'ancienneté. Indemnité légale : 10 × 1 500 € + 25 × 2 000 €, soit 65 000 €. Aujourd'hui intégralement exonérée de cotisations et de CSG, elle verrait 16 940 € soumis à cotisations et à CSG-CRDS dans le texte proposé, sans aucune négociation supra-légale.

Le second cas illustre l'effet le plus marqué de la réforme : un montant minimal fixé par le Code du travail deviendrait partiellement soumis à prélèvements sociaux dès lors que l'ancienneté et le salaire dépassent un certain niveau.

Ce que ça change concrètement pour vous

Un salarié de plus de 55 ans qui envisage une rupture conventionnelle ou fait l'objet d'un licenciement doit raisonner sur le montant net de l'indemnité, et non sur son montant brut. Si l'indemnité attendue dépasse 48 060 €, la date de fin du contrat devient un paramètre de négociation : avant le 1er janvier 2027, l'ancien régime s'appliquerait dans le texte actuel ; après, la part excédant 1 PASS supporterait cotisations et CSG-CRDS. Cette date interagit aussi avec l'indemnisation chômage et la date de départ en retraite, qui doivent être arbitrées ensemble.

Rupture en 2026 ou en 2027 : quelle date de départ retenir ?

Indemnité, chômage et date de liquidation de la pension se calculent ensemble, pas séparément.

Faire le point sur mon départ

Le cas particulier du salarié qui peut déjà liquider sa pension

Sur le plan fiscal, la situation au regard de la retraite modifie déjà le traitement de l'indemnité. Selon Service-Public.fr, l'indemnité de rupture conventionnelle n'est exonérée d'impôt sur le revenu que si le salarié ne peut pas bénéficier d'une pension de retraite d'un régime légalement obligatoire, condition appréciée à la date de rupture du contrat. Dans le cas contraire, elle est imposable en totalité. L'indemnité de départ volontaire à la retraite est, elle aussi, imposable en totalité.

L'indemnité de mise à la retraite à l'initiative de l'employeur bénéficie aujourd'hui d'une exonération fiscale partielle, plafonnée à 240 300 € pour les indemnités perçues en 2026. Le PLF 2027 ramènerait ce plafond fiscal à 1 PASS, comme pour les autres indemnités de rupture.

Attention : le texte du Gouvernement retient la date à laquelle la rupture « prend effet », et non la date de signature. Une rupture conventionnelle signée en novembre 2026 avec une fin de contrat fixée en janvier 2027 relèverait du nouveau régime social. En commission des finances, un amendement au PLF a proposé de retenir la date de signature ou de notification pour le volet fiscal, mais il ne s'agit pas d'une version définitive.

Calendrier : un texte encore en discussion

Le PLFSS 2027 a été déposé le 1er octobre 2026 et la discussion en séance publique à l'Assemblée nationale s'ouvre le 20 octobre 2026, sur plus de 3 000 amendements. Le texte doit ensuite être examiné par le Sénat. Tant que la loi n'est pas promulguée, les règles actuelles (2 PASS pour les cotisations, montant légal ou conventionnel pour la CSG) restent applicables, et la valeur du PASS 2027 doit encore être fixée par arrêté.

Questions fréquentes

Quel serait le nouveau plafond d'exonération des indemnités de rupture ?

L'article 6 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 fixe un plafond unique égal à la valeur annuelle du plafond de la sécurité sociale, soit 48 060 € en 2026. Au-delà, l'indemnité serait soumise aux cotisations sociales et à la CSG-CRDS. Les seuils d'assujettissement dès le premier euro (10 PASS, 5 PASS pour les mandataires sociaux) sont maintenus.

À partir de quand la mesure s'appliquerait-elle ?

Le texte du Gouvernement vise les indemnités attribuées au titre des ruptures prenant effet à compter du 1er janvier 2027. Le projet de loi est en cours d'examen au Parlement, en séance publique à l'Assemblée nationale à partir du 20 octobre 2026, et peut encore être modifié.

Une indemnité de 40 000 € est-elle concernée ?

Non, si l'indemnité totale reste inférieure à 48 060 €, elle demeure exonérée de cotisations et de CSG dans le texte proposé. Selon l'exposé des motifs, 95 % des salariés recevant une indemnité de rupture ne seraient pas touchés.

L'indemnité de rupture conventionnelle d'un salarié pouvant partir à la retraite est-elle imposable ?

Oui. Selon Service-Public.fr, l'exonération d'impôt sur le revenu de l'indemnité de rupture conventionnelle ne s'applique qu'au salarié qui ne peut pas bénéficier d'une pension de retraite d'un régime légalement obligatoire. Dans le cas contraire, l'indemnité est imposable en totalité, comme l'indemnité de départ volontaire à la retraite.

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